Face à un état du monde très sombre, le chef de l’ONU en appelle à l’unité des nations

24 septembre 2014 – Déplorant amèrement une situation mondiale dans laquelle la diplomatie est « sur la défensive », le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a appelé mercredi les dirigeants du monde à retrouver le sens des responsabilités et à s’unir pour faire face aux nombreuses crises et tragédies qui secouent la planète.

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale de l’ONU. Photo ONU 3

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale de l’ONU. Photo ONU

« Cette année, l’horizon s’est assombri ; nous sommes attristés par des actes inqualifiables et la mort de nombreux innocents ; les fantômes de la Guerre froide sont de retour et le Printemps arabe a pour une large part dégénéré sous nos yeux en une spirale de violence », a dit M. Ban en ouvrant le débat général de la 69ème session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

« La diplomatie est sur la défensive, affaiblie par ceux qui croient en la violence. La diversité est menacée par des extrémistes qui insistent pour imposer leur vision à tous. Le désarmement est considéré comme un rêve lointain, saboté par ceux qui tirent profit d’un état de guerre perpétuel », a ajouté le Secrétaire général, dressant un tableau très sombre de l’état du monde.

L’année écoulée a été « terrible pour les principes consacrés dans la Charte des Nations Unies », a-t-il dit. Citant « le recours aux barils remplis d’explosifs, les décapitations, les tactiques consistant à affamer délibérément des populations civiles et les attaques d’hôpitaux, de refuges de l’ONU et de convois d’aide humanitaire », il a dénoncé le fait que « les droits de l’homme et l’Etat de droit sont assaillis ».

« Après la dernière tragédie de Gaza, le clivage entre Palestiniens et Israéliens semble plus profond que jamais. Si nous ne préservons pas la solution des deux Etats, ce sont des hostilités permanentes qui nous attendent », a-t-il poursuivi.

Après avoir cité l’Ukraine, le Soudan du Sud, la République centrafricaine, le Mali et la région du Sahel, la Somalie et le Nigéria comme points chauds où violence et guerre ont prévalu au cours de l’année passée, M. Ban a abordé l’actualité récente en Iraq et en Syrie où, a-t-il dit, « l’on assiste chaque jour à de nouveaux sommets de barbarie, avec un potentiel d’extension dévastatrice dans les pays voisins ».

« Il n’y a rien d’islamique dans la manière dont les organisations terroristes dévastent la région. Il est clair que ces groupes extrémistes constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales qui requiert une réponse internationale multiforme », a ajouté M. Ban.

Il a également déploré la fragilité des institutions dans de nombreux pays, la corruption, les politiques d’exclusion et la mauvaise gouvernance, soulignant qu’« il est du ressort des Etats de ne pas faillir à leur responsabilité de gouverner, et ce pour l’ensemble de leur population ».

Mais M. Ban s’est refusé à céder au pessimisme, appelant les nations du monde à placer les droits de l’homme au centre de leur action. « J’exhorte les Etats membres à honorer leurs responsabilités à l’égard de leurs peuples », a-t-il dit.

Il a également affirmé que la communauté internationale devait « faire beaucoup plus pour anticiper les problèmes et trouver un consensus politique pour y faire face ». A cet égard, « l’unité du Conseil de sécurité est cruciale », a-t-il souligné.

« Quand le Conseil de sécurité est uni, on obtient des résultats comme l’élimination du programme syrien d’armes chimiques, l’accord sur l’envoi d’une force de maintien de la paix en République centrafricaine et le soutien approprié à un accord-cadre pour la paix dans la région des Grands Lacs africains ».

« En revanche, la désunion persistante du Conseil sur la Syrie a entraîné de graves souffrances humaines et la perte de crédibilité du Conseil et de notre institution », a déploré M. Ban.

Estimant que « les raisons d’espérer existent », même si elles sont « difficiles à discerner », le Secrétaire général s’est félicité des progrès effectués dans la lutte contre la pauvreté dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement et du fait que « le programme d’action des 15 prochaines années fait l’objet d’un dialogue passionnant » entre tous les Etats membres de l’ONU.

Il s’est également réjoui de la réponse positive des Etats membres au Sommet sur le climat qui s’est tenu mardi à New York. « Nous devons transformer cet élan en un accord universel et significatif sur le climat en décembre à Lima et l’année prochaine à Paris », a-t-il lancé.

  1. Ban a également cité la « crise sans précédent » causée par l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, à laquelle il souhaite une réponse coordonnée et massive. « C’est pourquoi j’ai créé une opération sans précédent dans le domaine de la santé, la Mission des Nations Unies pour une réponse urgente au virus Ebola (UNMEER), afin de mobiliser toutes les ressources nécessaires pour renforcer le travail effectué par les pays et les communautés affectées », a-t-il dit.

Notant que « nous marquons cette année le centenaire de la Première guerre mondiale » et que « les Nations Unies ont 70 ans d’expérience », M. Ban a regretté que le monde ne soit pas plus paisible. « Aujourd’hui, nous sommes confrontés à davantage de crises causées par l’homme qu’à des calamités naturelles. Nous ne pouvons sans doute pas contrôler la Nature mais il est de notre responsabilité d’assurer paix et justice pour le monde ».

« La guerre, la pauvreté, l’ignorance : les crises causées par les hommes peuvent être réglées par les hommes », a-t-il conclu en appelant les délégués des 193 Etats membres de l’ONU à « retrouver le sens des responsabilités et s’unir sur des objectifs communs». « Nous pouvons faire face à n’importe quel défi, et c’est ce que nous allons faire, à condition d’être réellement des Nations Unies », a-t-il affirmé.