JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME : POUR UNE MEILLEURE PRISE EN COMPTE DES DROITS DE LA FEMME EN MILIEU CARCERAL

Dakar, 8 mars 2014 – A l’occasion de la journée internationale de la Femme, l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS), l’Observateur National des Lieux de privation de liberté (ONLPL) et l’Association des Femmes Médecins, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et le soutien financier de l’Ambassade de Grande-Bretagne ont visité la maison d’arrêt de Liberté VI pour y rencontrer les femmes détenues.

Lors de cette visite, des consultations juridiques, médicales et d’assistances sociales gratuites ont été offertes aux détenues. Maguette Dieng, une juriste de l’AJS a rencontré plusieurs femmes détenues. « La situation de ces femmes est parfois dramatique » explique-t-elle. « J’ai discuté avec une femme qui est ici depuis 3 ans sans avoir encore été jugée. Et ce n’était malheureusement pas un cas isolé ». D’autres cas ont retenu son attention : « Il s’agit des cas d’infanticide qui sont très nombreux ici. La plupart du temps, ce sont des femmes issues de milieu défavorisé et qui se sont retrouvées enceintes, parfois à la suite de viol ou d’inceste. Devant l’impossibilité de garder l’enfant, elles ont commis un acte que la justice a sanctionné de peine allant jusqu’à 10 ans de détention. »

de gauche  à droite : Thieyacine Sall, Andrea Ori,  Fatou Kiné Camara, Minielle Baro

de gauche à droite : Thieyacine Sall, Andrea Ori, Fatou Kiné Camara, Minielle Baro

Plusieurs situations ont été dénoncées par Fatou Kine Camara, Présidente de l’AJS : « Nous insistons vraiment pour que la justice se prononce dans un délai raisonnable sur les cas de détention préventive. Il n’est pas acceptable que ces femmes restent enfermées sans avoir été jugées. Nous allons d’ailleurs les accompagner en leur fournissant un avocat qui se chargera du suivi de la procédure. »

Aissatou Cisse, Ministre Conseiller du Président a également participé à la visite. Elle a regretté que les personnes vivant avec un handicap ne soient pas mieux prises en compte. « J’ai vu une déficiente intellectuelle qui n’a clairement pas sa place dans cette prison. »

Pour le Représentant régional pour l’Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Andrea Ori, ces consultations s’inscrivent dans la promotion du respect des droits fondamentaux, et notamment de la présomption d’innocence. « Notre rôle est d’accompagner la société civile et l’équipe de l’Observateur afin de les aider à veiller au respect de la dignité humaine dans les prisons, mais la journée internationale de la femme est l’occasion d’insister sur le droit à l’égalité des femmes dans l’accès à la justice. Il ne peut y avoir de discrimination dans le système judiciaire, alors même qu’il est censé protéger les droits fondamentaux de tous. »

Dans les prochaines semaines, d’autres prisons pour femmes seront visitées, notamment à Rufisque, à Thiès et à Kaolack. L’objectif est de produire un rapport sur la situation des femmes en milieu carcéral au Sénégal à l’intention des autorités étatiques et des différents acteurs pour informer et sensibiliser davantage sur la situation de ces femmes.

Ce rapport s’inscrira dans la continuité des travaux de l’Observateur National des Lieux de privation de liberté, Boubou Tall, dont la mission principale est la surveillance des droits humains et l’éradication de la torture dans tous les lieux de privation de liberté. Au-delà de ces visites régulières dans les différentes prisons du pays, l’Observateur a été à l’initiative de l’atelier national sur la situation carcérale au Sénégal organisé en décembre 2013 et dont les recommandations viseront  à  améliorer la situation carcérale et notamment à moderniser les établissements pénitentiaires, humaniser l’exécution des peines et favoriser la réinsertion sociale des détenus.