Première journée de lutte contre la traite des personnes célébrée au Sénégal : La mobilisation générale lancée l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Dakar 12 novembre 2013. Le grand amphithéâtre de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a abrité le lancement des activités organisées à l’occasion de la première journée de lutte contre la traite des personnes le samedi 9 novembre 2013. Après la cérémonie officielle, deux panels ont été organisés. L’un sur l’état des lieux de la traite des personnes dans la région d’Afrique de l’Ouest et du Centre et les défis liés à l’application effective d’une législation spécifique, conforme aux dispositions internationales en la matière et l’autre sur les défis et bonnes pratiques en matière d’assistance aux victimes de traite et d’assistance technique aux Etats. Des stands d’exposition sur le phénomène de traite de même qu’un film sur la thématique ont été présentés au public. La journée s’est terminée en banlieue de Dakar, à Pikine, où des groupes de rap se sont produits et où une fresque murale géante a été dévoilée.

De droite à gauche Malick Sow (CNLTP), Pierre Lapaque (ONUDC), Bintou Djibo (SNUS), Malick Lamotte (Ministère de la justice) Saliou Ndiaye (UCAD)

De droite à gauche Malick Sow (CNLTP), Pierre Lapaque (ONUDC), Bintou Djibo (SNUS), Malick Lamotte (Ministère de la justice), Guédel Ndiaye (Consul de Monaco) et Saliou Ndiaye (UCAD)

La cérémonie officielle a permis de camper le décor. Pierre Lapaque, le Représentant résident de l’Afrique de l’Ouest et du Centre de l’office des Nations-Unies contre la drogue et le crime (UNODC) s’est dit triste et indigné de voir des enfants mendier dans les rues africaines ou des enfants victimes d’exploitation dans les sites d’orpaillage ou les plantations de cacao. C’est aussi triste que Pierre Lapaque a abordé la condition des femmes victimes de traite et celle qui ont recours à la prostitution. « Comment font-elles pour conserver leur dignité, une certaine estime de soi », « où est leur futur ? » s’est-il interrogé.

La traite des personnes est considérée comme la troisième activité mondiale illégale la plus importante en termes de profit après la vente de drogue et celle d’armes. Bintou Djibo, le Coordonateur résident du système des Nations-Unies au Sénégal a décrit la situation en chiffres. « Ce crime a fait environ 25 millions de victimes à travers le monde et génère près de 32 milliards de dollars de revenus par an ». Selon Bintou Djibo, ces données « pourraient s’avérer sous estimées au regard de la faiblesse de l’identification des victimes ». Aucun pays n’est épargné par cette « forme d’esclavage moderne » dont les victimes sont surtout les enfants et les femmes.

Au Sénégal, le phénomène de la traite est accentué par la persistance de certaines coutumes traditionnelles comme le « confiage », la tradition migratoire des populations à la recherche de travail et la réticence de certains parents à inscrire les enfants à l’école. Pour Malick Sow, le Président de la cellule nationale de lutte contre la traite des personnes (CNLTP), citant les rapports de la Banque Mondiale, de l’UNICEF et du BIT de 2007, « les enfants mendiants à Dakar sont au nombre d’environ 7800 dont une proportion marginale de filles et sont âgés en moyenne de 11 ans. Parmi eux, 90% sont talibés, 95% proviennent des autres régions du Sénégal ou des pays voisins ».

La gravité de la traite des personnes ne fait aucun doute en termes de violations des droits fondamentaux des personnes vulnérables. Le directeur de cabinet du Ministère de la justice, Malick Lamotte, a rappelé que « le Sénégal a ratifié les différents instruments juridiques internationaux et régionaux de lutte contre la traite des personnes. Le dispositif juridique sénégalais a aussi été renforcé par l’adoption de la loi du 10 mai 2005 relative à la traite des personnes et pratiques assimilées et à la protection des victimes ». Pour Malick Lamotte la « détermination du Sénégal à lutter contre le phénomène s’est traduite par la création de la cellule nationale de lutte contre la traite des personnes et l’adoption et la mise en œuvre d’un plan d’actions national de lutte ». Enfin le Directeur de cabinet du Ministère de la Justice a estimé que « la lutte contre la traite des personnes constitue « à la fois un devoir et une obligation pour la protection de la dignité humaine ».